Mauro Moruzzi, le grand public connaît votre nom par votre engagement politique, mais vous êtes plutôt discret. Présentez-vous en quelques lignes.

Enfant de Neuchâtel, fils d'immigrés italiens, j'ai pas mal bourlingué. Etudiant en Allemagne, à Bologne et à Genève, accompagnateur de voyage en Egypte, journaliste, délégué du CICR, observateur électoral sur quatre continents et actuellement responsable des relations internationales du Secrétariat d'Etat à la formation, à la recherche et à l'innovation. A côté de cela, je suis toujours resté très attaché à mes racines neuchâteloises: j'ai fait toutes mes classes, fac de Lettres comprise, en ville. Afficheur sauvage, contrôleur de la vendange, pigiste pour les media locaux, prof de lycée pendant 10 ans. La politique est venue il y a 4 ans. En dehors des partis établis, forcément. Et l'essentiel pour la fin: marié depuis plus de vingt ans à une Zurichoise d'origine croate, et père de trois enfants polyglottes et musiciens. C'est ce quatuor qui rythme ma vie au quotidien et lui donne tout son piment.

Mauro Moruzzi

Vous prenez la présidence des Amis des Jardins Musicaux. Quelle est votre relation au Festival?

Avant tout celle d'un festivalier enthousiaste et admiratif! Depuis 20 ans, les Jardins sont un peu le rendez-vous de la rentrée après les vacances estivales, que nous fréquentons en famille, avec une intensité qui a varié en fonction de l'âge des enfants.

Un souvenir particulier?

Au-delà de magnifiques découvertes musicales, dans des genres très différents, que j'ai pu y faire, c'est surtout l'atmosphère unique des Jardins qui est marquante: cette idée géniale de faire de la musique dans une grange, de ramener les citadins à la campagne, ce clin d'oeil à la polysémie du mot "culture", qui nous rappelle que la musique est née au bord des champs ou dans une forêt. Mes grands-parents étaient paysans et, enfant, j'ai passé toutes mes vacances à la campagne. Pour moi, le parfum du foin et les hennissements se marient très bien avec le plaisir de la musique!

En tant que président des Amis, quels sont les défis?

D'abord, maintenir cette flamme extraordinaire que l'on sent tout-de-suite chez toutes les personnes qui s'engagent, souvent depuis des années, voire des décennies, pour la réussite des Jardins musicaux: au sein de l'Association, et en particulier au sein du comité, il n'y a pas seulement un profond attachement aux Jardins, mais aussi de très grandes compétences et une véritable passion. C'est loin d'être évident, et toutes les sociétés qui reposent sur le bénévolat le savent bien.

Et une envie particulière?

Je serais heureux de pouvoir contribuer à élargir et à renouveler l'audience des Jardins: le public est très fidèle, ce qui est réjouissant. Il faut cependant aussi attirer les nouvelles générations de mélomanes, y compris les mélomanes qui s'ignorent: une vocation que les Jardins ont eue depuis toujours, qu'il faudra continuer de cultiver. La création naît souvent de rencontres inopinées: peut-être que mes réseaux professionnels ou personnels, dans des domaines assez variés, pourront, parmi d'autres, constituer un terreau fertile et faire germer de nouvelles passions, pour rester dans la métaphore des Jardins.

Un coup de coeur dans la programmation des 20 ans?

Il y en a au moins une vingtaine, mais si je dois n'en choisir qu'un, ce sera Papito. Pour le plaisir de la découverte d'abord, puisqu'il s'agit d'une création, et parce que ce concert rassemblera deux voix exceptionnelles: celle du contre-ténor Andreas Scholl, que j'ai découvert il y a quelques années dans un sublime Stabat Mater de Pergolesi. Et celle, tout aussi envoûtante, d'Erika Stucky, dont le public des Jardins musicaux a fait la connaissance décoiffante l'année dernière. Ayant grandi en Californie avant que sa famille rentre dans le Haut-Valais, Erika Stucky est à la fois ancrée dans la musique traditionnelle suisse et totalement ouverte au monde. Une parfaite illustration de la richesse qui naît de la diversité, et de la nécessité de l'expression artistique pour accompagner, et même inspirer, l'évolution de notre société.

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