[30.03.2017] En cette année de 20 ans de Festival, Maryse Fuhrmann nous propose de revenir sur la création de l'Opéra Décentralisé Neuchâtel (ODN) et des Jardins Musicaux. Troisième et dernière partie.

L'ODN est né, tout «roule»?

Pas vraiment... Les chaises politiques changent. La ville envisage de reprendre le «dossier théâtre», qui serpente depuis plus de vingt ans. Ce projet, complexe, la construction d’un nouveau Théâtre, génère bien des résistances. Le climat à Neuchâtel n’est pas très favorable à la poursuite de nos travaux.

Encore un coup de pouce du destin pour relancer les projets?

L’idée du Festival est venue plus tard, après l’Orestie d’Eschyle, une utopie réalisée pour le 700e anniversaire de la confédération. Ce projet qui nous avait été confié par le Canton marqua le début de nos aventures dans le Val-de-Ruz et de nos relations artistiques avec la Norvège et la Russie. Nous avions proposé de célébrer la démocratie au travers de l’acte fondateur posé par Eschyle dans la Grèce antique. S’y étaient adjointes deux créations: Les Crapauds de Gilbert Pingeon (une comédie satirique dans la tradition de ce qui se faisait à Athènes) et la version scénique de Visitation, un opéra spectaculaire de Norbert Moret inspiré des Choéphores (deuxième volet de la trilogie d’Eschyle). Ce spectacle de six heures, mis en scène par François Rochaix, fut donné un mois à Cernier, deux mois sur la Scène nationale de Bergen et un mois au Théâtre de la Taganka à Moscou.

jeannette fischer

Les Sept Péchés Capitaux - Weil - Brecht
Jeannette Fischer - Orchestre des Jardins Musicaux, dir. Valentin Reymond

En arrivant à Cernier, ce sont donc les Jardins Musicaux qui démarrent?

L’activité des Jardins Musicaux a débuté juste après cette aventure, à la demande de Bernard Soguel alors directeur du site de Cernier, il y a 19 ans, dans une grange en fonction, située dans le bâtiment dit «1891». Le succès et le débat suscités par l’Orestie au Val-de-Ruz l’incite à nous solliciter pour prolonger la présence d’une vie culturelle en parallèle avec celle du terroir dans cette région décentralisée.

Vous parlez de la Grange, un lieu emblématique. Le seul?

Non, il y a eu d’autres lieux emblématiques. Aujourd’hui, la Grange est en quelque sorte la «Maison mère» du Festival! Elle est emblématique par sa situation géographique et parce qu’à l’origine elle était vouée à l’agriculture et non à la culture. Elle conserve la générosité des espaces originels, des matériaux, le bois. Nous l’avons apprivoisée, elle était apparemment banale pour tout un chacun et cette nouvelle fonction la révèle dans tous ces atouts si peu visibles auparavant....

piccoli

Une mort héroïque - Baudelaire.
Interprète, Michel Piccoli. Mise en scène, Jean Liermier.

Le totem des Jardins Musicaux, c'est la Grange, et les autres lieux marquants?

Nous avons découvert plusieurs lieux, souvent industriels et datant d’une période où leur vocation impliquait une structure conçue pour une production spécifique, qui se révèle aujourd’hui intéressante sur le plan architectural. Par exemple, la Saline royale d’Arc et Senans: lieu symbolique d’un esprit créateur du siècle des Lumières, édifiée par l’architecte Claude-Nicolas Ledoux. Elle est un chef d’œuvre du XVIIIe siècle. Conçue pour être une manufacture de production de sel, où l’on chauffait les eaux salées dans de grandes cuves installée dans les «bernes ». La mémoire industrielle a quitté les lieux depuis la fin du XIXe siècles et a laissé place à un espace muséal et patrimonial. La Saline est aussi plus récemment celui de propositions de spectacle vivant où la musique tient désormais la plus grande place. «Une place qu’illustre la connivence tissée avec les Jardins Musicaux» selon Michel Pierre, directeur de la Saline.

Et encore?

D’autres espaces industriels nous ont séduit, plus modestes, où nous avons découvert les possibilités d’une nouvelle vocation, le plus souvent lorsque l’architecture à permis une lecture très personnalisée d’une œuvre dans son contexte historique. De tels lieux sont extrêmement stimulants et l’attrait qu’ils génèrent auprès du public nous montre que nous sommes des passeurs, que presque chacun est sensible à des œuvres, apparemment considérées comme élitaires, lorsque il y a concordance entre les exigences de l’interprétation, le choix des interprètes et le choix de l’environnement.

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